Poèmes et musique par Zohreh Khaleghi

 

Roses migrantes

Les roses migrantes deviennent oiseaux,
Apatrides, ils s’en vont par-delà le ciel
Passant les semaines seulement
Avec un peu de pain
Et un peu d’eau
Durant les jours venteux
Ils ferment les yeux,
Et invoquent l’amour de mille noms
Dans l’espoir de voir les frêles esquifs
Se transformer en grandes embarcations
Voguant sur la mer dans la contemplation des jours

 

Voyage permanent

Des marges les plus étroites
Je suis parvenue au rang des gitans
Et le parfum des plaines verdoyantes
Se déverse sur ma robe
Jusqu’à embaumer la façade de la chambre

 

Zohreh Khaleghi est une écrivaine et chanteuse iranienne qui vit à Paris

 

Ici son album avec Eric Wenger: https://www.cdbaby.com/cd/zohreh

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Cette Île du Finistère Nord

 

Cette Île du Finistère Nord

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Tgv 8622 + Tgv 9249 = Morlaix-Turin

Loisir normal, voyages
ma valise nuancée
syndic de copropri-été
230 destinations, Roscoff
algues, galettes et oignons
to eliminate the visual defect

Cette Île du Finistère Nord
l'Île de Batz, le plus beau
cadeau déambulatoire
danse à marée basse
passage de vélos lunaire
fragile espace dunaire

Télécharger mes vacances
plan mélodique, voix ample
papillonement, école de voile,
à chaque instant coquillages,
passage sur le sentier,
crustacés, une volée

Max Ponte 2009

 

Interview à Suzanne Dracius

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La plume affutée, la langue précise quand elle n’est tranchante, le verbe fulgurant ainsi s’affirme l’écriture et la personnalité de Suzanne Dracius, écrivain née à Fort-de-France, en Martinique, où dès ses deux ans, elle réclamé d’apprendre à lire. (…) Indéniablement, elle est l’une des grandes voix des Antilles françaises  (TV5MONDE)

À quelle age as-tu commencé à écrire?

— Toute petite, en jouant à la poupée. Pas pour habiller, déshabiller ou coiffer des Barbie, mais pour les faire écrire des textes dans de petits cahiers que je découpais et cousais pour en faire des mini-livres. Je n’avais jamais assez de poupées pour tous mes écrits, alors je prenais des têtes de poireaux, très poétiques et créatives, avec leurs longs cheveux filandreux comme des locks de rastas chabins, voire albinos, et je recréais, sans en connaître encore l’existence, des ateliers d’écriture, préfigurant ceux que, par la suite, j’allais animer en enseignant à l’Université Antilles-Guyane. Aussi loin que ma mémoire remonte, j’ai toujours adoré lire, j’ai même exigé que l’on m’apprenne à lire, selon la légende familiale : voyant mes frère et sœurs tantôt rire, tantôt pleurer, comme ils m’ont répondu « Je lis », j’ai dit « Moi aussi, je veux apprendre à li », en un langage mi-enfantin mi-créole. Ainsi l’acte d’écriture est-il venu tout naturellement de l’amour de la lecture : j’ai commencé par écrire des petites histoires telles que j’aurais aimé les lire, des espèces de scénarios que j’interprétais ensuite avec ma meilleure amie. En fait j’ai commencé très tôt à écrire, mais assez tard à publier ; je n’ai que cinq livres à mon actif, pour le moment (sans compter les collectifs et mes deux ouvrages jeunesse) ; on peut dire que je suis un écrivain rare, dans tous les sens du terme, comme on l’a dit du grand Baudelaire qui n’en était pas peu fier.

Toi et la Martinique: qu’est-ce que ça veut dire être martiniquaise?

— Être martiniquaise, c’est désormais être au sein de la CTM, la Collectivité Territoriale de Martinique, car la Martinique a changé de statut et vient d’élire à sa tête l’Indépendantiste Alfred Marie-Jeanne, qui venait de nouer alliance avec le Républicain départementaliste Yan Monplaisir. Les Martiniquais sont des Français à part entière mais entièrement à part, plus que jamais. C’est être en questionnement baroque, c’est vivre au jour le jour la question d’identité. « Il est maintenant urgent d’oser se connaître soi-même, d’oser s’avouer ce qu’on est, d’oser se demander ce qu’on veut être », dixit Suzanne Césaire, dont nous célébrons en ce moment le Centenaire, dans le n°1 de la revue Tropiques publiée à un moment terriblement critique de notre Histoire, en 1941. Être martiniquaise, c’est avant tout être une femme : j’écris au féminin pluriel. En héritière de Césaire au féminin. Être martiniquaise, c’est être de cette île surnommée l’Île aux Femmes… Être martiniquaise, en ce qui me concerne, c’est être issue du mélange de tous ces sangs versés plus ou moins violemment, de tous ces sangs mêlés plus ou moins passionnément : sang de l’Africain déporté en esclavage, sang du descendant de nègre marron du nord de l’île, sang du colon blanc de France, sang des Indiens à plumes et sans plumes, c’est-à-dire des rares Caraïbes qui ont survécu et de l’Indien « coolie », et, pour pimenter le tout, sang d’une arrière-grand-mère chinoise, ce qui fait de moi une Martiniquaise 100% métisse, héritière du métissage de toutes ces cultures multiformes qui convergent vers une culture caribéenne.

Or le mot « culture » est, en latin, un participe futur, une somme infinie de possibles, une fusion de futurs, le mot futurus lui-même étant le participe futur du verbe être : la culture est en devenir, en façonnement perpétuel, œuvre de fiction au sens étymologique, du verbe latin fingo, au supin fictum, signifiant « façonner, imaginer, forger de toutes pièces », voire « feindre ». La fiction est le produit de l’imagination, sans nul modèle complet dans la réalité, une construction constituée en vue de masquer ou d’enjoliver le réel, une création imaginaire qui, dans une œuvre, établit, entre le créateur et son public, un code de lecture où l’auteur affirme le caractère imaginaire de ce qu’il conte, et les lecteurs le reçoivent comme tel. Être martiniquaise, pour moi, c’est aussi être en féminitude épanouie, comme le révèle le titre de mon deuxième recueil de poèmes, Déictique féminitude insulaire. J’ai opté pour ce mot, « féminitude », forgé sur le mot « négritude », désignant l’attitude, la posture revendiquée de femmes, l’ensemble des caractéristiques, des valeurs propres aux femmes, à distinguer de la féminité, état ou qualité intrinsèque de la femme, me demandant, à l’instar de Simone de Beauvoir, si, « culturellement, le statut d’oppression de la femme n’a pas développé en elle certains défauts, mais aussi certaines qualités, qui diffèrent de ceux des hommes », mon féminisme se posant alors, en parallèle à l’anticolonialisme, comme une revendication et une prise en compte de l’altérité. J’aime jouer avec les mots et user des néologismes, tels ce mot « féminitude », comme une façon d’apprivoiser le féminisme si décrié, dans une même démarche universelle que le concept de négritude, pour se sentir bien dans sa peau de femme, ce qui fait du bien aux hommes aussi ! Être martiniquaise, c’est être de cette île qui est un univers clos, mais je ne m’y sens pas enfermée : mon insularité est ouverte sur le monde, cette île est un microcosme où circulent une multitude de cultures, où nous avons accès au monde entier. Je suis une insulaire positive. Cela a donné à mon écriture une mosaïque de couleurs, un patrimoine linguistique multiple, un imaginaire singulier et pluriel à la fois, et, de surcroît, je suis femme : j’écris au féminin pluriel, en féminitude épanouie. En somme, être martiniquaise, pour moi, c’est être en négritude et féminitude de calazaza.

 Ta vie se déroule entre la Martinique et la France… une double maison?

— Oui, « j’ai deux amours, mon pays et Paris », à l’instar de Joséphine – la chanteuse, pas l’impératrice, encore que cette dernière ait témoigné d’un profond attachement à notre île natale commune : quand, sous la Terreur, se croyant à la veille d’être guillotinée, Joséphine écrit à ses enfants ce qu’elle pense être sa dernière lettre, son « dernier soupir de tendresse », elle veut que ses « dernières paroles soient une leçon », à l’instar de « Socrate, condamné, [qui] philosopha avec ses disciples », affirmant qu’« une mère, prête à l’être, peut causer avec ses enfants », et, menacée d’être décapitée, c’est la Martinique qu’elle a en tête, en une longue diatribe sur le sort des « misérables » esclaves où elle s’exprime à peu près dans les mêmes termes que l’abolitionniste Victor Schœlcher : « La première époque de ma vie, passée à la Martinique, m’offrait le spectacle singulier de l’esclavage, qui ne devint si affreux que par celui du despotisme qui le domine ». Depuis ma naissance à Fort-de-France, je fais des allées-venues entre Martinique et Paris, comme les protagonistes de mes romans. J’adore Paris. J’ai été terriblement secouée par les attaques terroristes de l’horrible vendredi 13 novembre ; j’étais rentrée en Martinique la veille, in extremis… J’ai toujours besoin de me plonger dans ses mers chaudes, de me ressourcer dans mon île natale, microscopique mais à l’échelle humaine. Invitée au Mexique, pour la Foire du Livre de Guadalajara, lors d’une visite de Mexico, j’ai pu mesurer à quel point mon île natale est minuscule : la Martinique, qui fait seulement 30 km de largeur, pourrait presque tenir dans une seule avenue de la capitale mexicaine, la Avenida de los Insurgentes, la plus longue avenue du monde, qui fait 28,8 km de long. Mais je ne m’y ennuie jamais : la Martinique est bruissante d’activités culturelles, de diversité… Saint-Pierre n’était-il pas surnommé « Le Petit Paris des Antilles » et la Martinique, « La perle des Antilles » ? En matière de superlatifs, à Fort-de-France nous n’avons pas de Champs-Élysées, pas de « plus belle avenue du monde », mais des avenues ouvertes vers le Monde dans sa diversité, vers le Tout-Monde. Et puis, outre les nourritures livresques, ma petite terre créole abonde de succulentes nourritures terrestres et de délicieux fruits de mer : les langoustes fraîches pêchées sont, ici, les meilleures du monde !

  Tu as un seul livre traduit en italien « L’altra che danza » (chez Tranchida) et on le trouve plus en commerce, dommage!

— Eh oui, j’avais porté chance à ma traductrice, Lea Oliveri, une insulaire, comme moi – une Sicilienne –, qui avait obtenu un prix pour sa traduction de l’une de mes nouvelles, comme j’ai d’ailleurs porté bonheur à mes autres traducteurs, l’Américaine Nancy Carlson, avec une bourse, un AHCMC Grant Award, pour Calazaza’s Delicious Dereliction (Exquise déréliction métisse, mon premier recueil de poèmes, Prix de la Société des Poètes Français et Prix Fetkann) ou la Mexicaine Verónica Martínez Lira, qui a obtenu le soutien du CNL (Centre national du Livre, Paris) et de l’ambassade de France à Mexico pour Exquisito Desamparo mestizo, traduction de ce même recueil. Par contre, hélas, la maison d’édition milanaise qui avait publié L’altra che danza a périclité, quelle tristesse ! La promotion avait été avortée, la rencontre programmée à l’Università di Catania annulée car il était impossible de prendre l’avion, c’était la pagaille dans les aéroports à cause de ce volcan islandais au nom imprononçable qui m’a empêché de quitter mon île volcanique pour me rendre au pied du volcan sicilien… Mais l’intrépide et talentueuse Sicilienne Lea, d’une île volcanique, comme moi, ne se laisse pas abattre ; elle a entrepris la traduction de Rue Monte au ciel, mon recueil de nouvelles, dont nous avons récupéré les droits, et qui intéresse un autre éditeur italien. Nos volcans sont avec nous ! (D’ailleurs « mon » volcan de Martinique inaugure cet ouvrage, avec l’éruption de la Montagne Pelée en 1902, thème central de la première nouvelle, éponyme, « Sa destinée rue Monte au ciel »).

Quant à ma poésie, sa traduction en italien n’a pas encore pris forme, mais le projet est dans l’air, et je caresse ardemment cet espoir… Quel ravissement de voir mes mots adaptés à la langue de Dante ! Nancy, qui, avant moi, avait traduit René Char, me disait que c’était un plaisir de me traduire, entre autres parce que je suis vivante. Pour ma part, j’apprécie beaucoup l’émerveillement qu’il y a à travailler avec mes traducteurs, répondre à leurs questions, en joyeuse et amicale collaboration avec eux, afin d’affiner leurs interprétations.

Quel est le livre le plus important publié par Suzanne Dracius?

— Je serais tentée de répondre celui dont tu viens de citer la traduction en italien, L’altra che danza, L’autre qui danse, car c’est par lui que je suis entrée en littérature, c’est grâce à lui que j’ai été finaliste du Prix du premier roman, largement autobiographique mais abordant une thématique toujours d’actualité, avec, au centre, la question du métissage, de la diversité culturelle, du mal-être des personnes déplacées, des relations homme/femme etc… S’il s’agit de désigner « le plus important », c’est lui, publié par un « grand éditeur parisien », Robert Laffont, sous le label Seghers, réédité en format de poche par un autre « grand éditeur », Jean-Paul Bertrand, aux éditions du Rocher, et qui trouve aujourd’hui encore son public, fervent, comme je viens à nouveau de le constater au Salon du livre de Montréal, où j’ai vu surgir L’autre qui danse en édition originale brandi par un lecteur enthousiaste qui l’avait depuis sa parution et venait, vingt ans après — comme dirait Dumas —, chercher sa dédicace sur son « collector ». Touchant, non ? Mais chacun de mes livres me paraît important, chacun dans son genre, nouvelles, théâtre ou poésie, comme, idéalement, une mère aime tous ses enfants, dans leur diversité, chacun pour ses qualités particulières.

Il y a une photo dans ton album dans laquelle tu es avec Aimé Césaire. Qu’est-ce que Aimé Césaire représente pour toi?

— Elle figure dans l’anthologie Prosopopées Urbaines, illustrant l’entretien que j’ai eu avec Aimé Césaire. À la fin de l’entrevue, je lui ai avoué que j’étais en retard pour aller faire des courses avec ma mère, et, afin de me faire pardonner, j’ai demandé à Césaire une dédicace pour cette dernière. Voici ce qu’a écrit le « grand poète noir » – ainsi salué naguère par André Breton –  : « À Elmire Dracius, que la Martinique remercie d’avoir mis au jour la poésie, la vraie : Suzanne ». Césaire a insisté pour que cette dédicace soit incluse dans l’entretien et publiée dans l’ouvrage. « Scripta manent ! » s’est écrié Césaire, lui aussi professeur de Lettres classiques, avec qui j’avais une belle complicité de latinistes et hellénistes. 

« Suzanne, ma femme ! » lance le joueur de sèbi, un jeu de dés créole, lorsqu’il a fait un six. « Sizan, ma femme ! ». J’ai entendu cela toute ma vie, depuis ma plus tendre enfance, dans notre martiniquaise diglossie, jusqu’à un beau matin où ces mots-là revêtirent une tout autre importance. « Suzanne, ma femme ! » C’est ainsi qu’Aimé Césaire s’exclama en souriant, le jour où son ami de toujours, le cordial Cordo, alias Félix Cordémy, me présenta au grand homme. Immédiatement Césaire me dit que non seulement mon prénom, mais ma personne même et mon tempérament littéraire évoquaient pour lui cette autre Suzanne, sa femme. Aujourd’hui Aimé Césaire a rejoint, comme Suzanne, le Royaume des Ombres, pour d’improbables prosopopées avec son ami Senghor dans ces Champs élyséens que nous évoquâmes ensemble, en complices « nègres gréco-latins » férus de Lettres Classiques, lors de l’entretien que Césaire m’accorda pour l’anthologie Prosopopées urbaines, car, pour lui, la Ville c’était Paris, la découverte de Paris, tout jeune encore ; la Ville avec un grand V c’était forcément Paris, car c’est le lieu de sa rencontre avec Senghor. Ainsi je porte le prénom de Suzanne Roussi, qui fut la femme de Césaire, choisi par ma Grand-mère chérie, qui habitait rue Toussaint Louverture, dont l’épouse se prénommait aussi Suzanne… D’où le lien tissé très tôt avec Haïti, intrinsèquement lié à la négritude – mot dont la première occurrence apparaît dans le Cahier d’un retour au pays natal –, et c’est tout naturellement que, lors du terrible séisme qui endeuilla Haïti, j’ai coordonné l’anthologie d’inédits Pour Haïti. Cela fait beaucoup de coïncidences ? « Il n’y a pas de coïncidences, il n’y a que des correspondances, de baudelairiennes correspondances », écrivais-je dans Rue Monte au ciel.

 Dans ton parcours tu t’es engagée à défendre les droits des femmes…

Oui, je l’ai fait, justement, y compris avec Césaire. À deux mois d’intervalle, j’ai perdu mes deux pères : mon « vrai » père, Osman Dracius, et mon père poétique, Césaire, à qui j’ai dédié un poème qui fait partie de mon deuxième recueil, Déictique féminitude insulaire. Mais ces ombres, je les veux tutélaires, sans en prendre ombrage, à l’instar des impatiences, petites fleurs tapies dans l’ombre des pieds de bois à l’orée de la forêt tropicale humide. Toutefois je me veux verticale comme le nègre césairien « debout les cheveux dans le vent », femme debout comme les fougères arborescentes de la cascade d’Absalon, sur les hauteurs de Balata, traquant sa trace sur la Trace, la route où venaient chercher la fraîcheur Césaire et Suzanne, sa femme, y puisant la source d’une « chlorophyllienne création » ascensionnelle, sensationnelle, telle que je l’idéalise dans Rue Monte au ciel. N’observèrent-ils pas, lors de ces promenades, que l’Antillais est un « homme-plante » ? Il est vrai que le Martiniquais est capable de vous parler de « la germination de la mort », d’évoquer et d’invoquer Mère Nature non seulement par rapport à la vie, mais aussi en féconde et fertile relation avec la mort.

Féminine toujours, féministe parfois, et cela ne le heurtait pas, m’adonnant au double marronnage — en tant que Martiniquaise qui écrit et en tant que femme qui écrit —, je mis en pratique la césairienne exhortation « Marronner, il faut marronner ! » qu’écrivit naguère Césaire à René Depestre pour l’encourager à ne pas se laisser entraver par les aragoniennes contraintes d’une métrique stricte. Vis-à-vis du chantre de la Négritude, qui, depuis mon premier roman, L’autre qui danse, me faisait l’honneur d’apprécier mon écriture, je me suis permis une impertinence non dénuée d’une certaine pertinence : à propos de cette autre Suzanne — l’aimée de Césaire —, je fis le reproche au grand poète de n’avoir jamais fait éditer ce que sa femme avait écrit, ne serait-ce qu’à Présence Africaine, maison d’édition où il avait plus que ses entrées, puisqu’il en était quasiment le co-fondateur. Il existe en effet – ou plutôt il a existé – une pièce de Suzanne Césaire dont on n’a plus que le titre : Youma, aurore de la liberté. Le grand homme ne s’en souvenait guère. Je lui posai franchement la question : où est passé le texte de cette pièce ? Pourquoi n’est-il pas publié ? D’une toute petite voix, le grand homme me répondit qu’à l’époque, c’était difficile, pour une femme, d’être éditée. J’eus beau lui parler de Beauvoir, qui y était parvenue, exactement à la même époque, dans cette France du début du XXème siècle, avec l’aide et le soutien de Sartre, certes, plus difficilement et plus tardivement que Sartre, peut-être, mais quand même, et avec succès… De toute évidence, ce qui valut pour Simone ne valait pas pour Suzanne. Tous les couples ne sont pas similaires, tous les couples n’ont pas les mêmes pactes. Tous les couples ne sont pas à l’abri des « contingences ».Toutes les femmes sont du « deuxième sexe », mais toutes n’écrivent pas Le Deuxième Sexe. Qui plus est, les difficultés, pour une Martiniquaise, une femme « de couleur », une « fille des isles », étaient sans doute accrues. La pièce fut jouée au début des années 1950, mais jamais publiée, et le texte en est perdu, mystérieusement.

La mémoire de l’esclavage on la retrouve souvent dans tes posts sur FB

— En effet, j’aborde une grande diversité de thématiques (sociales, politiques, historiques) et demeure enracinée dans ma culture martiniquaise et créole, dont la mémoire de l’esclavage est indissociable. Ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup d’autres priorités mondiales, comme la lutte antiterroriste, ou le climat – que l’on vient de tenter de sauver à la COP21 –, qu’il faut baisser les bras. L’esclavage aussi est une priorité mondiale, qui s’inscrit dans un combat global contre toute forme d’obscurantisme et de barbarie plus ou moins organisée, plus ou moins sophistiquée, du Roi Soleil signant le féroce Code Noir quilégitime les châtiments corporels pour les esclaves, y compris des mutilations d’une extrême cruauté comme le marquage au fer ou les amputations de membres, à Boko Haram enlevant des centaines de jeunes filles pour en faire des esclaves sexuelles et les convertir de force à l’islam. Le sujet me tient particulièrement à cœur. Par exemple, j’ai effectivement lancé sur FB la pétition « Respect pour la mémoire de l’esclavage ! » qui a recueilli près de 1000 signatures, chiffre insuffisant, à mon gré : pas étonnant qu’il ait fallu des siècles pour sortir de l’esclavage — et qu’il ne soit toujours pas aboli dans le monde entier ni dans tous les esprits —, quand on voit qu’il faut un siècle pour avoir à peine 1000 signataires… « Je ne suis pas esclave de l’esclavage qui déshumanisa mes pères », dixit Fanon. Je me suis insurgée contre des stylistes qui ont représenté sur des vêtements des instruments de torture pour esclaves et des bateaux négriers ; embarquant pour la lutte contre ces bateaux négriers utilisés comme ornements sur des robes, je n’en démords pas, contre cette muselière à esclaves marchandisée. Sans aller jusqu’à demander l’interdiction – car je suis pour la liberté d’expression, et m’en voudrais d’être assimilée aux fanatiques qui interdisent à tout-va –, cette pétition réclame une inscription du genre « PLUS JAMAIS ÇA », « NEVER AGAIN! » ou juste « RESPECT » ! et j’incite à la signer sur https://www.change.org/p/respect-pour-la-mémoire-de-l-esclavage-respect-for-the-memory-of-slavery

- Quels sont tes projets pour l’avenir?

— En cours d’achèvement, j’ai un deuxième roman. (Je me garderai bien de dire « second », car j’escompte bien qu’il y en aura d’autres, contrairement à la « Seconde guerre mondiale », que l’on espère être la dernière.) Parallèlement, j’ai un troisième recueil de poèmes en préparation. Autre projet : une nouvelle mise en scène de LuminaSophie dite Surprise en France. La pièce a été jouée en Martinique, notamment sponsorisée par TV5 Monde ; dernièrement j’ai eu le plaisir d’assister à une répétition de ma pièce sous la direction du talentueux comédien et metteur en scène Élie Pennont, au Centre Culturel Camille Darsières, les clameurs des Pétroleuses du Sud résonnant dans les vénérables murs de l’ancien Palais de Justice, superbe édifice où naguère se traitaient les affaires judiciaires et que l’on a eu l’idée judicieuse de consacrer à la Culture. Ce qui m’émeut le plus chez Lumina, c’est que, une fois arrêtée, elle apprit à lire aux autres bagnards, au bagne de Cayenne, comme le Professeur Fernand Robert, mon directeur de Maîtrise de Lettres Classiques, qui, au Stalag, enseignait le grec et le latin aux autres prisonniers, défiant l’obscurantisme nazi et sa devise « Arbeit macht frei ». C’est l’éducation qui rend libre. L’essentiel est dans la transmission, et, en matière de traditions, seulement les bonnes, celles qui sont porteuses de messages de paix. Les autres, qu’elles aillent au diable !  Mes projets, c’est de pouvoir continuer à transmettre dans l’Hexagone et dans les ailleurs…

Article en italien sur La Poesia e lo Spirito

Site de Suzanne Dracius  

Max Ponte

Click Love / Max Ponte

relazioni-rete

 

click love
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filtres condom screen
pixel frais derme
photoshop éternelle jeunesse
j’aime/ partage
body fibres optiques senseurs
inscris toi à mon blood groupe
je suis ton serveur sers toi
lèche moi tague moi toujours
j’ai pris 1 virus mais j’espère
que tu me voudras encore
j’ai vu tous tes post au fitness
je t’ouvrirais comme la scientifique
un hard disk sans mémoire
je t’insérerais mon usb
je t’éjaculerais des données et des données
mp3 mp4 mp5 zippés
musique brésilienne Boris Vian
si tu n’étais pas trop off line
je pense qu’on pourrait tchater
faire download le samedi soir
pour longtemps nous aimer
sortir ensemble sur second life
ouvrir un account nous marier
générer deux avatars nazis
si jamais un jour pirate
devais réinitialiser le système
on serait morts
et tous nos links noyés
quel bonheur mourir ensemble
sans réseaux tomber attachés

 

Traduction de l’italien par Camilla Gastaldi

 

Publié le 17 janvier 2014 sur le blog littéraire La Poesia e lo Spirito en version bilingue:

https://lapoesiaelospirito.wordpress.com/2014/01/17/poesie-di-max-ponte-tradotte-in-francese-da-camilla-gastaldi/

Max Ponte

Civilisation minoenne / Max Ponte

 

rr

 

Maintenant que j’ai découvert
l’esthétique minoenne et le singe bleu
je suis fermement résolu
à faire réagir mes liquides avec les tiens

Une telle chromo-histoire
va consister dans le fait que
dans la complète application des principes
de la stoechiométrie, de la thermodynamique
et de l’article 43 du contrat collectif national
je vais inévitablement précipiter à l’intérieur de toi

Cela, toutefois
dépassé le choc gravitationnel
va me permettre d’expérimenter
ta civilisation palatiale
et tes compositions
exotiques et fluviales

Maintenant que j’ai découvert
l’esthétique minoenne et le singe bleu
je suis fermement résolu
à m’introduire dans l’ombre sinueuse de tes membres
en articulant articles et monosyllabes proxénètes
testant ascenseurs en latex

En absence de pression atmosphérique
on se roulera sur parois ornées
de lys et natures géniales
on s’injectera parfums
aux dominantes ambrées

 

Traduction de l’italien par Camilla Gastaldi

 

Publié le 17 janvier 2014 sur le blog littéraire La Poesia e lo Spirito en version bilingue:

https://lapoesiaelospirito.wordpress.com/2014/01/17/poesie-di-max-ponte-tradotte-in-francese-da-camilla-gastaldi/

 




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